Γαλλική μετάφραση της ανταπόκρισης ενός μαχητή του Επαναστατικού Συνδέσμου Διεθνιστικής Αλληλεγγύης από τη Ροζάβα και της συνέντευξής του στην εφημερίδα ΑΠΑΤΡΙΣ

Correspondance révolutionnaire avec Rojava

Entretien avec Heval Odyssev, combattant membre de la Ligue Révolutionnaire de Solidarité Internationaliste qui participe aux Brigades Internationales de Libération du Rojava.
(Note: Le camarade qui a répondu à l’entretien est grec, mais comme tous les internationaux qui participent à la résistance kurde et à la révolte de Rojava, il a pris un nom kurde, afin d’insister sur son positionnement internationaliste.)

Pourrais-tu nous décrire dans la mesure du possible ce que tu voudrais rapporter de ton expérience jusqu’à maintenant à Rojava?

(Sur la demande du camarade, en lieu et place de la première réponse nous publions le texte d’information-appel à participation qu’il a envoyé lui-même de Rojava.)
Correspondance du front de Rojava par un combattant de la Ligue Révolutionnaire de Solidarité Internationaliste et de la Brigade Internationale de Libération:
Ces trois dernières années, une guerre sanglante s’étend au sein du Kurdistan syrien. Au moins en ce qui concerne le territoire de Rojava, celle-ci tend à prendre les caractéristiques d’une guerre de libération sociale et politique.
Dans ces affrontements, les principales parties impliquées sont: le régime de l’ancien dictateur Assad (lequel est soutenu aujourd’hui par la Russie, l’Iran et la Chine), différentes organisations religieuses et nationales (L’Armée de Libération Syrienne, Le Front Al-Nosra et d’autres), l’Etat turc, le Califat Islamique et le mouvement de libération autonome kurde.
Le conflit qui avait au départ pour but la protection des intérêts de l’impérialisme américain en Syrie et plus généralement au Moyen-Orient, a galvanisé les organisations fondamentalistes et fascistes comme DAECH. Ce dernier, assisté majoritairement par les élites économiques fondamentalistes des régimes du Moyen-Orient, a étendu sa présence et sa dominationtyrannique dans une grande partie de la Syrie et de l’Irak.
Le régime turque ya aussi joué un rôle important, il avait développé avec DAECH d’étroites collaborations économiques, politiques et stratégiques. Le but était de servir ses intérêts au Moyen-Orient contre les populations kurdes et le mouvement kurde, qui se trouvaient dès le début directement visés par DAECH.
Cet affrontement a causé des centaines de milliers de morts, de blessés, de déportés. C’est pourtant au milieu du vacarme de la guerre que s’est constitué un mouvement social et politique de libération qui porte les caractéristiques suivantes:
1) la libération de la population kurde en tant qu’elle subit une oppression et une marginalisation économique, politique et culturelle, vis à vis de l’Etat syrien.
2) la libération d’une grande partie des populations arabes et d’autres ethnies de la tyrannie du régime d’Assad et leur unification sur des bases équitables sur les territoires libérés de Rojava.
3) la libération des femmes et leur implication dans les structures sociales nouvellement créées, en particulier par la participation au combat dans les bataillons du YPJ.
4) l’effort – bien qu’encore à un stade élémentaire en raison de l’intensité de la guerre – de constituer des structures politiques, économiques et sociales qui ont pour principe l’auto-gestion, la participation équitable à l’organisation et aux décisions. Enfin, la mise en place d’un nouveau modèle social, plus horizontal et égalitaire, dont le but n’est pas seulement d’arriver à créer une section révolutionnaire au Moyen-Orient, mais de disséminer dans un même mouvement, les graines de la libération sociale et politique.

A partir de ce cadre, il est du devoirde chaque rebelle internationald’agir selon trois axes :
a) de se tenir effectivement et combativement en solidarité avec l’effort révolutionnaire de Rojava et de tirer des enseignements de l’expérience radicale vivante à chaques niveaux – politique, organisationnel, stratégique.
b) de développer des liens dans la lutte et de les consolider via différents types de relation avec les rebelles du monde entier et avec d’autres mouvements révolutionnaires, partout où se déplient et où sont requis toutes sortes d’effort logistiques, politiques et humains.
c) de raviver le programme de ralliement aux combats révolutionnaires et l’imaginairede la solidarité révolutionnaire internationale,sur le territoire grec et au sein du mouvement révolutionnaire grec.
Considérant ce qui précède, j’ai choisi de rallier il y a quatre mois le mouvement révolutionnaire de Rojava et de participer activement au combat, dans les rangs des Yekîneyên Parastina Gel / Yekîneyên Parastina Jin (Unité de Protection du Peuple et la faction féminine non-mixte YPJ) et de la Brigade Internationale de Libération, membre de la Ligue Révolutionnaire de Solidarité Internationaliste, en me battant non seulement contre les fondamentalistes fascistes de DAECH mais aussi contre les plans du capitalisme international, américain, turque, etc., dont DAECH constitue un instrument et un outil.
Des terres de Rojava, j’envoie mes salutations combatives et un message de résistance aux camarades révolutionnaires de Grèce.
VIVE LA REVOLUTION DE ROJAVA
VIVENT LE YPG/YPJ ET LE BIL
VIVE LA LRSI
JUSQU’A LA VICTOIRE
Ηeval Odyssev
Rojava, le 27 juillet 2015.

Concernant la guerre contre DAECH

– Quelle est la composition politique de la Brigade Internationale de Libération, et quels groupes y participent ?
Les Brigades Internationales de Libération comprennent principalement des organisations révolutionnaires turques mais aussi des organisations et des camarades internationaux venant de différents pays d’Europe,chacun provenant de multiples horizons politiques(marxistes communistes, anarcho-communistes, plus généralement des libertaires et des antifascistes).
Sont exclus les sexistes, les racistes, les nationalistes etles fanatiques.
La Ligue Révolutionnaire de Solidarité Internationaliste est une organisation qui lutte pour la révolution sociale mondiale. Y participent des communistes libertaires et des anarchistes de Grèce. Plus particulièrement, la Ligue a pour but la solidarité concrète sur le terrain des conflits armées internationaux. Elle lutte aux côtés des classes opprimées pour la libération sociale contre la domination des Etats et du Capital.
La solidarité concrète se doit d’avoir les caractéristiques de la lutte sociale sur chaque point de conflit, en brisant les frontières de la tyrannie, de l’oppression et de l’exploitation. Nous avons pour but, parallèlement à l’amplification polymorphe des forces révolutionaires en Syrie, en Irak, en Turquie et plus largement dans le Moyen-Orient, d’ouvrir une voie de solidarité depuis les territoires grec. Par là, on ne vise pas seulement à entreprendre de mettre en place concrètement le programme de la Brigade Internationale de Libération, mais simultanément, de promouvoir au delà des limites locales la coordination et la coopération.
La Ligue ouvre sur le territoire grec des voies pour la discussion avec la révolution de Rojava et pour le façonnement collectif d’un mouvement révolutionaire international.

– Quelle est la composition totale du front? A combien s’élève la participation des communistes turques, des révolutionnaires et de quelle ampleur est la participation des mercenaires américains, et des soldats, même volontaires, dans la guerre contre DAECH du côté des combattants kurdes?
A Rojava, qui se trouve dans la partie syrienne du Kurdistan, le front de résistance, comme depuis ses premiers pas, comporte une base de combattants du mouvement autonomiste kurde venant de Turquie et de Syrie, mais aussi d’Iran et d’Irak. Ensuite se sont ajoutés dans la foulée des groupes de population (Arabe, Arménienne, Assyrienne, et les solidaires internationaux). La participation des communistes et révolutionnaires turques est très importante, bien qu’ils consistent en une partie restreinte du front.
Il n’y a pas de mercenaire du côté du mouvement qui se dévellope à partir des YPJ/YPG. Il y a bien sûr des volontaires impliqués, avec différentes caractéristiques, depuis des révolutionnaires et des solidaires du mouvement kurde, jusqu’à des individus qui ne viennent que pour se battre contre DAECH.
En ce qui concerne les militaires, il y a une présence très limitée de volontaires venant des Etats-Unis ou d’autres endroits, et ils n’ont cependant pas de positionnement ou de présence spéciale. Les réactions des habitants à leur égard varient en fonction de leur niveau d’implication politique. Certains d’entre eux tiennent du cannibalisme militaire. D’un autre côté, plusieurs anciens mercenaires se sont formés une conscience socio-prolétarienne à partir de leur expérience de la guerre.

– As-tu participé à la libération de territoires ?
Est-ce qu’il y a des expériences d’interaction entre les combattants de Rojava et les populations qui sont ou qui étaient occupées par DAECH ?
Oui, j’ai participé à la libération de territoires et il y a de telles expériences. Plus spécifiquement, en ce qui concerne les régions agricoles et urbaines, et les villes de Silouk et Tel Abiad. Dans les grandes lignes, les YPJ/YPG essaient de mettre en place une stratégie contre les dissensions nationalistes et les religieuses,en s’orientant vers une résistance commune et l’autodétermination. Dans beaucoup de cas l’entrée dans des régions habitées est présentée comme un mouvement du peuple se libérant de l’armée.

– Quelles résolutions ont été prises face aux prisonniers membre de DAECH de la part des combattants de Rojava? Qu’a-t-il été décidé vis à vis de ceux qui ont collaboré avec DAECH dans les régions libérées?
Les résolutions diffèrent en fonction de la position hiérarchique de cet individu au sein de DAECH. Tous passent par les structures de justice populaire qu’il y a là-bas. La politique générale est de ne pas mal-traiter les prisonniers et je n’ai jamais été témoin d’un tel phénomène, ce qui ne signifie pas que de tels événements ne soient pas survenus.

– Par quels moyens les Brigades Internationales de Libération sont gérées ? Est-ce qu’il y a une hiérarchie militaire? Est-ce qu’il y a des prises de décision collectives lorsque le permettent les conditions? Qu’arrive-t-il en cas d’indiscipline, ou de conduite posant problème ou manquant à la camaraderie?
Au sein des Brigades Internationales de Libération il y une gestion militaire, selon le modèle du règlement des YPJ/YPG. De même, au sein des Brigades Internationales de Libérationles places à responsabilité sont attribuées collectivement à partir des organisations politiques qui les composent. Tout comme dans les formations des YPJ/YPG, les femmes et les hommes se battent ensemble, on prévoit nécessairement le commandement par des hommes et par des femmes. Les décisions sont prisespar les commandements des groupes et des troupes (composés de deux individus) et leur assemblée hebdomadaire, par les assemblées journalières des groupes et par l’assemblée générale qui se déroule toutes les deux semaines. Le caractère collectif des décisions dépend des conditions propres à la guerre.
En cas d’indiscipline ou de conduite posant problème ou manquant à la camaraderie, la question se pose et se résoud lors de l’assemblée générale.

– Peux-tu nous donner un positionnementvis à vis de l’explosiondes affrontements et de la dissidence en Turquie et de ses répercussions surla guerre pour l’autonomie kurde contre DAECH ?
L’explosion des affrontements en Turquie a à voir avec les antagonismes de classe et les antagonismes sociaux, la confrontation à l’Etat turc avec le mouvement autonome kurde, mais aussi avec les intérêts particuliers et les intentions politiques du gouvernement Erdogan et dubloc dominant qui le soutien et est soutenu par lui. Dans les grandes lignes, le choix du Gouvernement Erdogan d’attiser l’affrontement politique au sein du territoire turc est le résultat d’une décision stratégique et tactique de clarification des adversaires du régime turc. Cela se solde par une réaction répressive envers lemouvement révolutionnaire en progression sur le territoire turc, alors que la partie la plus conservatrice et réactionnaire de la société turque se rassemble autour de la politique du AKP (parti islamique).
Le positionnement offensif d’Erdogan est le résultat de l’affaiblissement de ses positions dû à une grave crise politique, économique et sociale, qui est survenue au moment même où il essayait d’établir une autocratie.
Les mouvements convulsifs de l’Etat turque montrent sa faiblesse générale quant au contrôle de l’antagonisme social et de la radicalisation de la base de la société.

Concernant l’organisation sociale dans la province de Rojava

– Quelle type d’économie fonctionne à Rojava?
Il est difficile de répondre à cette question dans la mesure où il n’y a pas d’organisation centrale ni de coordination centrale en ce qui concerne l’économie. D’ailleurs, en temps de guerre l’économie et la production à grande échelle soit, fonctionne au ralenti, soit est soumise à l’effort de guerre.
Afin d’être plus précis, il y a un mélange de modèles et d’organisations de l’économie et de la production, lequel peut inclure de la petite entreprise qui fonctionne sous le régime de la particularité individuelle ou des coopératives, à l’expropriation par les département économiques des YPJ/YPG et de leur administration collective. On trouve aussi des collectifs communautaires qui essaient de s’accaparerdes sources de production de richesseset des structures du précédent Etat syrien, aussi bien que des structures politiques et communautaires qui entreprennent la mise en place de nouveau modèles.

– Y a-t-il une classe bourgeoise à Rojava? Et si oui, quelle est son rapport avec la nouvelle organisation sociale?
En général la composition kurde résulte, en ce qui concerne d’ancien Etat syrien, des groupes communautaires les plus marginalisés avec des accès limités à l’éducation, aux hautes positions sociales et économiques. Pour cette raison, on ne peut pas dire qu’il y a clairement une classe bourgeoise kurde définie et circonscrite. Les parties de la population kurde qui avaient une position ou origine bourgeoise (par exemple les chercheurs, les descendants de migrants, les petits commerçants) se sont impliqués dans des actions de soutien des YPJ/YPG et en général dans la résistance à Rojava.

– Qu’en est-il de la propriété foncière? Est-ce qu’il y a des collectivisations ou bien des petites propriétés (partagées équitablement)? Est-ce qu’il y a de grandes propriétés foncières?
A Rojava, il y a d’immenses terres cultivables, qui appartenaient, du temps de l’Etat syrien au régime d’Assad ou à de grands propriétaires. Lors de la révolution ces terrains ont été expropriés et depuis tout ce temps des expérimentations sont menées par exemple des exploitations collectives ou des créations de terres communes.

– Quel type de police et quel type de justice y a-t-il à Rojava? A quelles peines doit s’attendre le coupable d’action antisociales ou criminelles?
Je n’en sais rien.

– Quels partis politiques sont présents à Rojava et quelle est leur ligne?
Sous le gouvernement Assad il n’y avait pas de liberté politique et l’opposition était persécutée par le régime. Au moment où la révolte a commencé des partis politiques se sont réactivés, principalement de gauche ou d’orientation communiste, lesquels, en plus d’être faibles et n’ont pas de racines puissantes dans la société syrienne. D’un autre côté, il y a à Rojava des partis nationalistes de la classe bourgeoise du Kurdistan élargi, qui sont liés avec les régimes de Talabani et Barzani en Irak.

– Quelle est la composition sociale de DAECH?
La composition d’ISIS comprend des factions irakiennes, d’anciens fonctionnaires du régime baasiste de Sadam et des populations rurales, qui, à cause de la privation économique et des Traités de guerre à long terme, mais aussi de la religion, rejoignent leurs formations.
Il sont soutenus par des élites économiques, politiques et religieuses du Moyen-Orient, des recrues internationales provenant de pays européens, de Turquie, des pays d’Afrique du nord, et des pays du Moyen-Orient.

– Lors d’une récente manifestation à Athènes, on disait que ce que nous vivons « est le résultat de la liquidation des frontières du Moyen-Orient ». En suivant cette logique, nous voudrions proposer un positionnement à propos des affrontements politiques autour de l’autonomie kurde – DAECH, comme une étape de la crise économique mondiale et du dépassement corrolaire de la souveraineté idéologique du capitalisme du moins pour les peuples de ces régions.
Il est vrai que la liquidation des frontières au Moyen-Orient est survenue à un degré important de par cette action de DAECH, comme un pas de plus du traité de guerre généralisée dans le but, pour les centres capitalistes et impérialistes internationaux, de contrôler politiquement et économiquement le Moyen-Orient.
De même, il ne faut pas oublier que de toute manière la formation des Etats et des frontières du Moyen-Orient était le résultat de l’ingérence impérialiste des forces occidentales à partir du début et jusqu’au milieu du XXème siècle.
D’un autre côté, le mouvement autonomiste kurde implique de toute manière dans son programme l’abolition des frontières, en préconisant le fédéralisme et la coopération internationale, interreligieuse, et interculturelle.

– Quelle est la participation de la population syrienne dans la guerre civile? Quelles classes sociales et quels groupes d’intérêts (dans toutes leurs diversités) participent d’un côté ou d’un autre et lesquels émigrent?
C’est majoritairement les populations arabes qui émigrent mais la question est plus complexe. Il y a des groupes qui se déplacent vers Raqqa, la capitale de DAECH, tandis que d’autres partent vers l’Europe, alors que certains s’intallent dans des régions qui sont contrôlées par Assad.

apatris.info

iVROp33

Anarchistes et communistes du Batallion International apres la liberation de Tel Abyad

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